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Marie Kéfer-Mali,

une femme d’exception

Marie Mali, née dans une famille bourgeoise aisée de Verviers, est une femme d’exception à de nombreux titres.

Ouverte à son temps, progressiste sans renier les valeurs profondément humaines de sa famille, elle a su se créer un réseau de relations dépassant de très loin son importante famille et la ville lainière de Verviers, alors florissante mais où toutes les tensions sociales qui se sont exprimées ailleurs étaient bien présentes.

Son mariage tardif, à l’âge de 52 ans, avec Louis Kéfer, Directeur de l’Ecole de Musique de Verviers, qui deviendra par la suite le Conservatoire de cette ville, et auteur-compositeur notamment d’une cantate pour l’inauguration du barrage de la Gileppe (1878), lui a ouvert d’autres portes. C’est Louis Kéfer qui repéra le génie de Guillaume Lekeu (1870-1894), l’encourageât  et le fit connaître.

Mais, par-dessous tout, Marie Mali était véritablement inclassable tellement ses centres d’intérêts étaient vastes et variés.

Anne Mali, sa petite-nièce, a commencé en 1982 à suivre ses premiers cours de dentelle aux fuseaux donnés par Mme Simone Jacquemin au Musée du Cinquantenaire (Musées royaux d’Art et d’Histoire) à Bruxelles (Belgique). Grâce à une tante passionnée par l’histoire de la famille, elle a appris par la suite, avec stupéfaction, que Marie Mali avait été conservateur… du Département de la Dentelle au Musée du Cinquantenaire et qu’elle y fit don de nombreuses dentelles et photographies. Soucieuse d’assurer une meilleure condition sociale aux dentellières  belges,  alors  souvent  exploitées,  Marie  Mali  collabora  également au « Comité de propagande » Les Amies de la Dentelle, fondé en 1910 sous le patronage de S. M. la reine Elisabeth de Belgique.

Il n’en fallait pas plus pour qu’Anne Mali, avec l’aide d’Yves Van Cranenbroeck, son mari, souhaite découvrir, grâce à de nombreuses sources, quelle avait été la personnalité de Marie Mali.

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Marie Kéfer-Mali.

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Une éminente personnalité vient de disparaître. Mme Kefer-Mali, qui traduisit autrefois, sous le pseudonyme « I will », sept essais d’Emerson, est morte mercredi, à Wolume, à l’âge de soixante-douze ans.

Marie Mali collabora plusieurs années à l’Art moderne, au Peuple, et publia chez Lacomblez, en 1896, une petite brochure intitulée Une Squaw, recueil d’essais philosophiques d’une pensée vigoureuse et d’un style alerte et original. Mais, bien qu’elle écrivit volontiers, la préoccupation littéraire ne fut jamais, chez elle, que secondaire. Cette intellectuelle, si richement douée, admirablement cultivée, était d’abord une femme d’action. Et l’action sociale fut son vrai domaine. C’est ainsi qu’elle collabora activement à la création d’écoles dentellières, et réorganisa la section des dentelles aux Musées du Cinquantenaire, où elle fit, sur cet art, en 1913, une série de causeries, minutieusement documentée, d’un très grand intérêt.

Mme Kefer-Mali travailla aussi, avec dévouement et persévérance, à l’amélioration du sort des dentellières. Ceux qui ont approché cette femme de grand cœur et de haute intelligence conserveront pieusement son souvenir.

Le Soir, 3 septembre 1927

Article cité dans L’Esthétique du Contact Humain rédigé par Marie Mali et publié par Vromant & C°, imprimeurs-éditeurs, 3, rue de la Chapelle à Bruxelles, en 1929.